Tout est une question de perception selon Thomas Kuhn
Bonjour à tous ! Aujourd’hui, nous allons explorer la pensée de Thomas Kuhn, philosophe des sciences né en 1922. Son ouvrage majeur, La Structure des Révolutions Scientifiques, publié en 1962, a profondément marqué la philosophie contemporaine des sciences. Kuhn y propose une vision innovante de la science, qui remet en question certains préjugés et notions traditionnelles.
Ci-après vous allez retrouver en quelques lignes les grands axes de sa pensée pour que vous puissiez vous repérer et, si vous avez envie d’aller plus loin, je vous invite à écouter la vidéo du Précepteur qui, depuis plusieurs années, fournit un travail plus que précieux sur You Tube :
Changer de paradigme, changer son angle de perception et, dès lors qu’on change son angle de perception, on voit un monde différent.
La perception comme fondement de la connaissance
Kuhn insiste sur le fait que TOUT est une question de perception.
Cela implique plusieurs idées clés :
- Que chaque individu perçoit le monde différemment, en fonction de sa sensibilité, ses croyances, son tempérament.
- Que nos jugements et nos idées sont conditionnés par cette perception.
- Que nos représentations influencent notre compréhension du bien, du mal, de l’amour, de l’amitié, de la réussite, etc.
Il souligne également que lorsque nos opinions évoluent, c’est souvent parce que notre perception a changé, notamment après avoir rencontré une nouvelle perspective ou un autre point de vue.
La perception et la représentation en science
Kuhn affirme que la perception, c’est en fait de la représentation. La perception englobe la sensibilité, le tempérament, les croyances, et tout cela influe sur la manière dont nous percevons le monde et nous-mêmes.
La perception comme base de la science
Si l’on approfondit, tout est une question de perception : cela signifie que les jugements scientifiques proviennent aussi de notre perception. Même si l’on utilise des instruments de mesure ou des calculs mathématiques pour éliminer la subjectivité, la vision que les scientifiques ont du monde dépend de leur paradigme, c’est-à-dire leur mode de représentation de la réalité.
Les paradigmes : une vision du monde
Définition
Un paradigme est une vision du monde qui influence la manière dont on perçoit un phénomène. Il s’agit d’un mode de représentation de la réalité qui détermine ce que l’on voit, comment on l’interprète, et ce que l’on considère comme vrai ou faux.
Un paradigme est un mode de représentation de la réalité qui fait que, face à un même phénomène, on ne va pas littéralement VOIR la même chose (…à et ce que l’on appelle communément la science, c’est la production de connaissances dans le cadre d’un paradigme, en l’occurrence, du paradigme dominant.
Exemple historique : la révolution copernicienne
Avant Copernic, on croyait que la Terre était immobile et que le Soleil tournait autour d’elle (modèle géocentrique). La remise en question de ce paradigme a été une véritable révolution scientifique, avec des figures comme Galilée, Kepler, et Copernic lui-même, qui ont montré que c’était la Terre qui tournait autour du Soleil (modèle héliocentrique). Ce changement a profondément modifié notre vision du monde : après cette révolution, la perception de la réalité a été transformée.

La nature des faits et leur perception
Kuhn insiste sur le fait que les faits n’existent pas en dehors d’un cadre paradigmatique. En d’autres termes, les effets que nous observons sont chargés de théories : notre interprétation dépend du paradigme dans lequel nous sommes insérés.
Les faits sont chargés de théorie (…) Ils n’existent pas où sens où ils n’existent pas sans un cadre paradigmatique à l’intérieur duquel ils prennent sens car ce ne sont pas les faits qui créent les paradigmes mais les paradigmes qui créent les faits.
Il illustre cette idée avec une image où l’on peut voir soit un canard, soit un lapin. Selon le regard que l’on porte, on perçoit l’un ou l’autre, mais pas les deux simultanément. La perception change en fonction du paradigme, ce qui modifie notre compréhension du phénomène.

Le lapin-canard est une image qui illustre ce qu’est un paradigme parce que c’est une image qui illustre la différence de perception et l’impossibilité, pour une perception, d’être en même temps, une chose et l’autre. Vous pouvez voir le canard puis le lapin ou inversement mais vous pouvez les voir successivement pas simultanément. Ce ne sont pas deux images, c’est une seule et même image, un seul et même fait, sur laquelle viennent se plaquer des perceptions radicalement différentes.
La dynamique des sciences
La science normale et la crise
La science n’est pas un processus d’accumulation du savoir mais elle est un processus de passage d’un paradigme à un autre (…) La science n’est pas quelque chose qui est, c’est quelque chose qui devient. Elle est un renversement permanent d’elle-même, une révolution permanente.
Kuhn distingue deux phases principales dans le développement scientifique :
- La science normale : période durant laquelle tout fonctionne selon un paradigme dominant, avec des recherches conformes aux attentes.
- La crise : lorsque des anomalies, c’est-à-dire des phénomènes inexplicables ou contredisant le paradigme, s’accumulent. La crise peut alors conduire à une révolution scientifique.
La révolution scientifique
Une révolution se produit lorsque :
- Un paradigme ne peut plus expliquer certains phénomènes.
- De nouveaux modèles apparaissent, concurrents, jusqu’à ce qu’un en remplace un autre.
- Ce changement de paradigme modifie notre vision du monde : la perception de la réalité change radicalement.
Exemples célèbres
Parmi ces révolutions, on peut citer :
- La révolution copernicienne.
- La théorie de l’évolution de Darwin.
- La remise en question du géocentrisme.

Le progrès en science
Kuhn insiste sur le fait que la science ne progresse pas simplement par accumulation de connaissances. Elle progresse surtout par des ruptures, des changements de paradigmes, qui permettent de résoudre des anomalies et d’ouvrir de nouvelles perspectives.
Il souligne également que la vérité en science est relative au paradigme : ce qui est considéré comme vrai dans un cadre peut devenir faux dans un autre.
Humilité et remise en question
Pour Kuhn, la science doit rester humble : elle ne cherche pas une vérité absolue, mais un progrès constant, une évolution de ses modèles. La science est un processus dialectique, où chaque crise peut mener à une nouvelle étape.
Il rappelle que les erreurs font partie intégrante de l’histoire des sciences : elles permettent de mieux se relever et d’avancer.
Les révolutions politiques commencent par le sentiment croissant parfois restreint à une fraction de la communauté politique que les institutions existantes ont cessé de répondre d’une manière adéquate aux problèmes posés par un environnement qu’elles ont contribué à créer. De semblables manières, les révolutions scientifiques commencent avec le sentiment croissant, souvent restreint à une petite fraction de la communauté scientifique, qu’un paradigme a cessé de fonctionner de manière satisfaisante pour l’exploration d’un aspect de la nature sur lequel ce même paradigme a antérieurement dirigé les recherches. Dans le développement politique comme dans celui des sciences, le sentiment d’un fonctionnement défectueux, susceptible d’aboutir à une crise, est la condition indispensable des révolutions. (…) Nous nous proposons de démontrer que, dans l’évolution des sciences, l’étude historique du changement de paradigme révèle des caractéristiques tout à fait semblables. Comme le choix entre des institutions politiques concurrentes, celui qui doit s’effectuer entre des paradigmes concurrents s’avère être un choix entre des modes de vie de la communauté qui sont incompatibles. De ce fait, il est impossible que ce choix soit déterminé simplement par des procédés d’évaluation, qui caractérisent la science normale, puisque ceci dépendent en partie d’un paradigme particulier lequel, précisément, est mis en question. Quand les paradigmes entre – ce qui arrive forcément dans une discussion sur le choix du paradigme – leur rôle est nécessairement circulaire. Chaque groupe se sert de son propre paradigme pour épuiser ses arguments de défense. (…) Le savant qui s’efforce de résoudre un problème défini par le savoir et les techniques existants ne cherchent pas simplement au hasard autour de lui. Il sait ce qu’il veut réaliser, il conçoit son appareillage et oriente ses réflexions en conséquence. Une nouveauté inattendue, une découverte nouvelle ne peuvent apparaître que dans la mesure où ce qu’il attend de la nature et de ses instruments se trouve démenti et l’importance de la découverte qui adulte sera souv ent proportionnelle à l’étendue et à la ténacité de l’anomalie qu’il a annoncé. Donc, de toute évidence, il faut bien qu’il y ait conflit entre le paradigme qui a permis d’apercevoir l’anomalie et celui qui fera d’elle un phénomène conforme à la loi. Les exemples de découvertes, accompagnés d’abandon de paradigme ne sont pas de simples hasards historiques. Il n’y a pas d’autre façon efficace de promouvoir les découvertes.
Conclusion
En résumé, Thomas Kuhn nous invite à percevoir la science comme un processus dynamique, marqué par des changements de paradigmes plutôt que par une simple accumulation de savoirs. La perception, la culture, et le contexte social jouent un rôle essentiel dans la construction de notre compréhension du monde.
La véritable empathie, ce n’est pas le transfert de son point de vue sur l’autre. C’est adopter le point de vue de l’autre, se glisser dans sa peau, c’est épouser son âme et sa rétine.

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