La question c’est comment décider d’écrire?

Charly (Chacha pour les intimes), critique littéraire, agent d’auteur et poète à ses heures…

Trois chocs-souvenirs font comprendre à Proust qu’il y a une sorte de bonheur total dans cette collusion du passé et du présent. C’est là qu’on atteint cette notion essentiellement proustienne d’extra-temporalité, en conjoignant brusquement le souvenir du passé et une sensation du présent, on sort, en quelque sorte, du temps.

Le temps est vaincu, le temps est retrouvé et cela produit, dans le narrateur, une félicité tellement forte et tellement importante qu’il n’hésite pas à la considérer, au fond, comme une victoire sur la mort! C’est véritablement un sens profond de la vie qui fait que la mort devient acceptable. Cette félicité est telle qu’elle rend la décision que va prendre le narrateur absolument évidente. Il n’hésite pas un instant. Il va renoncer à la frivolité, se confier à une vie acétique totale, s’enfermer et écrire. Il va écrire parce qu’il comprend tout de suite, que c’est le seul moyen qu’il a d’entretenir, en lui, cette félicité qu’il vient de découvrir, par hasard, mais qui réside dans la collusion du souvenir et du présent.

Il va se donner intégralement à l’acte d’écrire, une écriture qui visera à retrouver ses propres profondeurs ; c’est véritablement une anamnèse. Elle se fait par comparaison d’événements, de caractères, de notations…. Ecrire, c’est dégager des essences et se convertir à un essentiel qui ne surgit que par comparaison.